• Poèmes érotiques...

    Au gré de nos lectures, de nos rencontres voici quelques poèmes érotiques d’auteurs.

  • Pierre Louÿs  (10 décembre 1870 - 6 juin 1925)

    LA FEMME

     

    Ex libris, nequam scriptoris

    His libellus, o clitoris,

    Ad limen te mittat oris.

     

    Madame, vois l'ex-libris

    D'un auteur français, qui peut-être

    A mouillé votre clitoris

    Plus d'une fois sans vous connaître.

     

    L'ORCHIDÉE

     

    Une fleur a mangé ton ventre jusqu'au fond

    Sa tige se prolonge en dard sous les entrailles

    Fouille la chair de sa racine et tu tressailles

    Quand aux sursauts du cœur tu l'entends qui répond

     

    C'est une fleur étrange et rare, une orchidée

    Mystérieuse, à peine encore en floraison

    Ma bouche l'a connue et j'ai conçu l'idée

    D'asservir sous ses lois l'orgueil de ma raison.

     

    C'est pourquoi, de ta fleur de chair endolorie,

    Je veux faire un lys pur pour la Vierge Marie

    Damasquiné d'or rouge et d'ivoire éclatant,

     

    Corolle de rubis comme une fleur d'étoile

    Chair de vierge fouettée avec des flots de sang

    Ta Vulve rouge et blanche et toute liliale.

     

    LA VULVE

     

    Un rayon du soleil levant caresse et dore

    Sa chair marmoréenne et les poils flavescents

    Ô que vous énervez mes doigts adolescents

    Grands poils blonds qui vibrez dans un frisson d'aurore.

     

    Quand son corps fatigué fait fléchir les coussins

    La touffe délicate éclaire sa peau blanche

    Et je crois voir briller d'une clarté moins franche

    Sous des cheveux moins blonds la chasteté des seins,

     

    Et sous des cils moins longs les yeux dans leur cernure.

    Car ses poils ont grandi dans leur odeur impure

    La mousse en est légère et faite d'or vivant

     

    Et j'y vois les reflets du crépuscule jaune ;

    Aussi je veux prier en silence devant

    Comme une Byzantine aux pieds d'un saint icône.

     

    LES POILS

     

    Quand j'énerve mes doigts dans vos épaisseurs claires

    Grands poils blonds, agités d'un frisson lumineux,

    Je crois vivre géante, aux âges fabuleux

    Et broyer sous mes mains les forêts quaternaires.

     

    Quand ma langue vous noue à l'entour de mes dents

    Une autre nostalgie obsède mes narines :

    Je crois boire l'odeur qu'ont les algues marines

    Et mâcher des varechs sous les rochers ardents.

     

    Mais mes yeux grands ouverts ont mieux vu qui j'adore :

    C'est un peu d'océan dans un frisson d'aurore,

    La mousse d'une lame, un embrun d'or vivant,

     

    Flocon vague oublié par la main vénérée

    Qui façonna d'écume et de soleil levant

    Ta peau blanche et ton corps splendide, Cythérée !

     

    LE MONT DE VÉNUS

     

    Sous la fauve toison dressée en auréole

    À la base du ventre obscène et triomphant,

    Le Mont de Vénus, pur ainsi qu'un front d'enfant,

    Brille paisiblement dans sa blancheur créole.

     

    J'ose à peine le voir et l'effleurer du doigt ;

    Sa pulpe a la douceur des paupières baissées

    Sa pieuse clarté sublime les pensées

    Et sanctifie au cœur ce que la chair y voit.

     

    Ne t'étonne pas si ma pudeur m'empêche

    De ternir l'épiderme exquis de cette pêche,

    Si j'ai peur, si je veux l'adorer simplement

     

    Et, penché peu à peu dans les cuisses ouvertes,

    Baiser ton Vénusberg comme un saint sacrement

    Tel que Tannhäuser baisant les branches vertes.

     

    LES NYMPHES

     

    Oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses

    Mais d'une chair plus tendre et plus fragile encor

    Des rêves de chair rose à l'ombre des poils d'or

    Qui palpitent légers sous les mains amoureuses.

     

    Des fleurs aussi, des fleurs molles, des fleurs de nuit,

    Pétales délicats alourdis de rosée

    Qui fléchissent, pliés sur la fleur épuisée,

    Et pleurent le désir, goutte à goutte, sans bruit.

     

    Ô lèvres, versez-moi les divines salives

    La volupté du sang, la chaleur des gencives

    Et les frémissements enflammés du baiser

     

    Ô fleurs troublantes, fleurs mystiques, fleurs divines,

    Balancez vers mon cœur sans jamais l'apaiser,

    L'encens mystérieux des senteurs féminines.

     

    LE CLITORIS

     

    Blotti sous la tiédeur des nymphes repliées

    Comme un pistil de chair dans un lys douloureux

    Le Clitoris, corail vivant, cœur ténébreux,

    Frémit au souvenir des bouches oubliées.

     

    Toute la Femme vibre et se concentre en lui

    C'est la source du rut sous les doigts de la vierge

    C'est le pôle éternel où le désir converge

    Le paradis du spasme et le Cœur de la Nuit.

     

    Ce qu'il murmure aux flancs, toutes les chairs l'entendent

    À ses moindres frissons les mamelles se tendent

    Et ses battements sourds mettent le corps en feu.

     

    Ô Clitoris, rubis mystérieux qui bouge

    Luisant comme un bijou sur le torse d'un dieu

    Dresse-toi, noir de sang, devant les bouches rouges !

     

    L'HYMEN

     

    Vierge, c'est le témoin de ta virginité

    C'est le rempart du temple intérieur, ô Sainte !

    C'est le pur chevalier défenseur de l'enceinte

    Où le culte du Cœur se donne à la Beauté

     

    Nul phallus n'a froissé la voussure velue

    Du portail triomphal par où l'on entre en Dieu

    Nul homme n'a connu ton étreinte de feu

    Et le rut a laissé ta pudeur impollue.

     

    Mais ton hymen se meurt, ses bords se sont usés

    À force, nuit et jour, d'y boire des baisers

    Avec l'acharnement de la langue farouche.

     

    Et quelque jour, heurtant le voile exténué,

    Le membre furieux dardé hors de ma bouche

    Le déchiquettera comme un mouchoir troué.

     

    Quintidi 15 Floréal 221

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